webGuinée
Géographie-Economie
J. Beaujeu-Garnier
L'agriculture guinéenne
L'Information Géographique. J.B. Baillière & Fils. Paris. Nov.-Déc.
1958. p. 185-198
On parle beaucoup des projets d'industrialisation en cours de réalisation à travers
le territoire de ce qui était, hier encore, la Guinée française.
Mais les promesses complaisamment dites de l'avenir ne doivent pas faire illusion
sur l'état actuel de l'économie de ce territoire. 96 % des 2.600.000
habitants, répartis sur une surface légèrement inférieure à la
moitié de la France, tirent leurs ressources de l'agriculture.
Sources de vie, puisque les produits agricoles servent avant tout à l'alimentation
des hommes, les récoltes forment encore une large part des exportations. Et,
avec l'accroissement visible de la consommation en quantité et peut être
aussi en qualité, il est nécessaire de prévoir également
une augmentation des ressources agricoles. Cet accroissement de la consommation a
une double raison d'intervenir : une raison démographique d'enquête
démographique 1 récemment conduite en Guinée,
en 1954-1955, a abouti à la conclusion que la population augmentait de 2,2
0% par an dans la brousse et de 12,4 % par an dans les agglomérations comme
Conakry ; dans ces conditions, la population doublerait bien avant la fin du siècle),
et une raison économique, si les plans actuels sont réalisés
(accroissement du nombre des salariés industriels, du nombre les urbains :
Fria, à elle seule, sera une ville industrielle de 20.000 âmes, multiplication
de la masse des salaires et des revenus distribués donc élevation du
pouvoir d'achat des populations).
Il peut donc être utile de décrire l'agriculture de la Guinée en cette période transitoire, tant sur le plan économinue que politique 2.
Ces conditions sont originales, tant à cause de la variété du milieu naturel que de l'imbrication de différents groupes humains et de l'action économique et technique de milieux européens sur des sociétés autochtones restées longuement traditionnalistes, niais autuellement niaises à mi système politique dynainique mais envahissant 3.
Les conditions naturelles
Elles sont trop connues pour qu'on y insiste longuement. On voudrait seulement rappeler les éléments essentiels (cf. fig. 1).

Fig. 1. Les différents types de climat guinéen.
A gauche : hauteur des pluies en mm; à droite : températures (la courbe du haut est celle des maxima mensuels, celle du bas, des minima).
La Guinée, petit morceau d'Afrique occidentale (5,3 1% seulement de la surface de la seule A.O.F.) est une sorte de pays carrefour, une synthèse, un point de convergence des vastes régions, très différenciées, que l'on retrouve dans toute l'Afrique occidentale.
Mais, à travers la diversité de ces zones, les conditions climatiques fossiles aussi bien que les conditions actuelles qui font alterner sur l'ensemble du territoire une saison très sèche et une saison très humide, les deux étant accompagnées de températures très élevées, sont responsables de trois fléaux plus ou moins généralisés.
En tout cas, la couleur des eaux après les pluies ne laisse aucune espèce de doute sur l'importance de cette érosion. On peut dire que la Guinée saigne ; à Conakry, quelques minute après le déclenchement d'une de ces diluviennes averses qui se produisent au début de la saison des pluies, la mer devient rouge au bord de la côte et cette teinte envahit progressivement plusieurs centaines de mètres.
Les conditions humaines
Tout comme les conditions naturelles, elles sont variées à travers l'ensemble du territoire. Le nombre et les capacités techniques des hommes sont également dissemblables.
Une simple carte des densité rappelle ce phénomène bien connu : les régions les plus peuplées se situent dans la bande côtière, dans l'extrémité méridionale de la Guinée forestière mais, et surtout, au cur même du Fouta-Djalon sur les hauts plateaux les plus désolés et le plus élevés : on atteint là des densités qui dépassent 50 habitants au kilomètre carré par cercle administratif.
On ne reviendra pas sur les explications suggérées pour ces différences de densité, mais on ne peut manquer de les rappeler car elles pèsent d'un poids important.
En effet, ces zones de fortes densités montagneuses sont occupées par une masse d'environ 900.000 Foula; ce sont des Foula au sens large, c'est-à-dire tous ceux parlant la langue Peule, mais comprenant à la fois des descendants directs des anciens envahisseurs et les descendants des familles de captifs. Parmi ce groupe de Foula, beaucoup restent attachés aux traditions ancestrales d'éleveurs : maigre troupeau de prestige, sans valeur économique, tandis que quelques petites cultures sont pratiquées par les femmes dans les « tapades », autour des cases. Cependant, les descendants des anciens captifs ont des activités agricoles plus importantes. Dans le secteur pilotes des Timbis, deux familles de captifs sur 1.100 habitants produisent la moitié de la récolte enregistrée 6.
Pour vivre et se procurer l'argent de l'impôt, les hommes adultes doivent s'expatrier ; certains vont au Sénégal pour la récolte des arachides (navétanes) ; d'autres, en basse Guinée, travailler dans les bananeraies ; d'autres encore s'engagent dans les chantiers de grands travaux ou dans les ports des zones périphériques. La conséquence de ce mouvement migratoire est que les éléments dynamiques et actifs manquent pour les travaux destinés à améliorer l'agriculture : dans le secteur pilote des Timbis, on a recensé plus de la moitié des hommes absents entre quinze et quarante ans et les vieux se désespèrent tandis que l'évolution économique est paralysée.
A côté du nombre, il faut tenir compte également des capacités
d'adaptation des populations. Or, les Soussous (environ 250.000 dans les plaines
de basse Guinée) et les Malinkés (environ 1 million dans
le centre de la haute Guinée), témoignent de facilités beaucoup
plus grandes pour assimiler (!?) les techniques modernes du commerce, de l'industrie
et même des progrès agricoles 7. D'autre part, dans
la politique d'extension des rizières que l'on pratique actuellement, on a
besoin de riziculteurs or « un
Foula ne met jamais les pieds dans l'eau » (!?) .
La Guinée nouvelle aura également besoin d'accroître sa production de viande ; là encore, arrivera-t-on à persuader le Foula de transformer son élevage « sentimental » en exploitation spéculative du troupeau?
Un tableau de la répartition des activités agricoles au cours de l'année montre que, si le paysan comme dans nos régions doit fournir de gros efforts au cours des mêmes mois (avril à septembre en particulier), la diversification des cultures lui permettrait à la fois de mieux étaler son travail air cours de l'année et d'étendre les périodes de recettes.
Il est évident que les conditions humaines actuelles ne sont pas les plus propices au développement et à la modernisation rationnelle de l'agriculture; des migrations seront nécessaires ainsi que des adaptations techniques.
c. Les conditions techniques
Pour ces transformations, le paysannat autochtone jouissait de l'appui de plusieurs services officiels tant publics que semi-privés. Ceux-ci situés soit à Dakar, soit à Conakry, soit en des points caractéristiques des différentes régions agricoles, disposaient d'une équipe de spécialistes se livrant à la fois à des recherches et à la propagation des résultats enregistrés parmi les collectivités agricoles 8.
L'ensemble de ces services agricoles exerce son action dans différents domaines : introduction de différentes cultures ou propagation de variétés de plantes localement déjà cultivées (café, bananes) ; surveillance de la régularité, de la qualité (café); lutte contre les diverses maladies (cercosporiose du bananier); mise sur pied des meilleures méthodes pour obtenir tel ou tel produit (ananas); monopole de la culture de certains produits (quinquina) ; création de centres expérimentaux et propagation des résultats obtenus (rizières de la station de Kankan, région pilote des Timbis sous la dépendance des services agricoles de Labé ... ).
De l'avis des techniciens aussi bien que des personnalités guinéennes, il est extrêmement difficile de faire passer les nouvelles découvertes du stade expérimental au stade de l'application pratique. Il y faut une grande patience, une profonde connaissance presque individuelle des milieux humains, un effort financier considérable (pour le secteur pilote des Timbis : 21 millions pour 500 hectares).
d. Les conditions financières
Tout cet appareil coûte fort cher. Sans parler des salaires et traitements payés aux différents membres des services signalés au paragraphe précédent, on a investi, au titre du FIDES, au cours des deux premiers plans, 2.700.000.000 de francs C.F.A. (soit 18 % de la totalité des crédits du FIDES) dans les domaines de l'agriculture, de l'élevage, des forêts et de la pêche (1948-1957).
Au cours du troisième plan qui doit commencer cette année-ci, les prévisions de dépenses portaient sur plus de 7 milliards de francs C.F.A.
A ces dépenses d'investissement considérables, il faut ajouter, pour une très faible part, les dépenses courantes à la charge du budget guinéen ; en 1955, ces dépenses ont représenté 2 % de l'ensemble du budget territorial, soit 59 millions de francs.
L'examen des dépenses sur compte FIDES du second plan permet d'avoir une idée de la répartition, suivant les différents secteurs. Sur une somme globale dépassant 12 milliards de francs C.F.A., « l'action-riz » a bénéficié de 1.130.000.000 de crédit, tandis que 85 millions étaient consacrés aux productions des palmiers à huile, 100 millions au secteur surtout café et aussi un peu cacao, 20 millions aux vergers d'agrumes du Fouta...
En dehors de ces crédits budgétaires, il existe également certains fonds spéciaux tel que le système qui fonctionne, depuis 1951, en faveur du café : des primes prélevées sur les droits de sortie permettent de constituer une caisse hors budget fournissant des capitaux pour l'amélioration et le développement de la culture caféière (169 millions de crédits ainsi récupérés entre 1951 et 1955 pour une valeur d'exportation correspondant à 5.000.686.000 francs).
A côté des travaux techniques, l'enseignement agricole a également été envisagé (création d'un centre d'apprentissage à Tolo : 20 moniteurs par an; trois ans de scolarité), mise en place d'un encadrement dans le paysannat lui-même (15 noyaux devaient être mis en place à la fin de 1958 ... ).
e. Les conditions socio-économiques
Actuellement, l'agriculture guinéenne est pratiquée dans des conditions très différentes suivant les produits, les régions et les sociétés humaines.
La forme de cultures vivrières la plus courante est celle qui se pratique dans les tapades, sorte de jardins potagers attenant aux cases familiales, améliorés par le peu de fumier disponible et les déjections naturelles, continuellement mis en cultures par les femmes, généralement protégés par une haie plus ou moins épaisse des ravages du troupeau bovin ou caprin.
A côté de ces parcelles très limitées, les champs sur brûlis constituent un autre mode d'agriculture. Ils se déplacent à l'intérieur d'un terroir considéré comme appartenant au village, au hameau on même à la famille. Le déplacement se fait suivant des rythmes différents (sur le plateau de Pita et de Labé : quatre ans de culture, quatre à sept ans de jachères ; chez les Timbis, dans ce secteur particulier : sept ans de culture, 7 ans de jachère sur les champs de riz en culture sèche; vers Kankan, quatre à cinq ans de culture, dix ans de jachère). On constate naturellement des rendements décroissants en fonction de la durée de mise en culture et, d'autre part, une diminution de la durée de la jachère au fur et à mesure que la pression démographique augmente.
A Ndantari, dans le Fouta-Djalon, on a donné des évaluations de rendement dans des conditions différentes : pour la première année, le rapport de la récolte en fonio à la quantité de semences est de 10 contre 1 ; il en va de même pour la deuxième et troisième année; à la quatrième année, le rapport tombe à 5, à la cinquième à 2. Différentes mesures dans des hameaux voisins confirment cette schématisation. D'autre part, le rendement semble aussi fonction des méthodes culturales : il est une fois et demie plus fort dans les champs cultivés à la charrue que dans ceux cultivés à la daba (espèce de houe) 9.
Un troisième type d'exploitation agricole est constitué par les plantations. Celles-ci sont, évidemment, le résultat de l'influence européenne. Elles sont bien aménagées et leur situation est fixée par les conditions naturelles favorables. Suivant l'ancienneté des cultures, la complexité des conditions techniques, les avantages financiers plus ou moins considérables, l'existence de plantations non africaines (comme dans le secteur bananier, dans la production d'ananas) s'ajoute à celles du secteur africain qui détient, au contraire, la quasi-totalité des plantations de café.
Dans le secteur bananier, par exemple, sur un total de 6 400 ha, les non-Africains en possèdent 3 550 (Français mais aussi Libano-Syriens et autres Européens); la moyenne de leur exploitation est de 12,7 ha. D'autre part, 1 450 planteurs africains, sur un nombre total de 1729, se partagent 2 983 ha avec une moyenne de 2,05 ha.
Enfin, dans la production agricole il faut encore tenir compte de celle des vergers familiaux (agrumes du Fouta-Djalon) et des produits spontanés de la forêt naturelle qui donnent lieu à des cueillettes fructueuses (palmiers à huile, cocotiers, manguiers),
Le rural guinéen n'est jamais un individu isolé. Aux fortes traditions familiales agglutinantes, viennent se superposer des contraintes qui le lient aux autres familles du même « carré », du même hameau ou du même village. L'emprise collective a été très forte jusqu'à la récente réforme qui vient d'abolir les chefferies de villages et le nouveau régime politique envisage de remplacer les contraintes traditionnelles par les associations au sein de coopératives : bon moyen, quand on aura l'argent et les cadres nécessaires au fonctionnement de ces organismes, pour ébranler les traditions routinières des ruraux et les forcer à adopter des méthodes et des cultures nouvelles.
Les rapports entre l'homme ou le groupement humain et la terre sont trop complexes pour pouvoir être exposés dans ce bref article 10.
La valeur totale de la production agricole guinéenne a été évaluée aux alentours de 15 milliards de francs C.F.A., en comprenant les cultures vivrières dont il est difficile d'apprécier exactement l'importance et les cultures commercialisées. Sur ce total, le riz représente 30 %, le manioc 13 %, le fonio 7%, les patates 6 %. Dans l'ensemble, plus des deux tiers du revenu agricole correspondraient aux cultures vivrières.
Les services agricoles ont classé la production en cinq catégories que l'on respectera pour la présentation des résultats :
cultures vivrières, fruitières, oléagineux, textiles, nouvelles cultures 11.
a. Les cultures vivrières
Au premier rang, se place le riz qui est, pour le Guinéen, beaucoup plus que le pain pour nous [les Français]. Sa culture, grâce aux pluies abondantes, serait partout possible. Actuellement, 60 % des surfaces se rencontrent en Guinée forestière. Le riz est cultivé soit en culture sèche, pour la plus grande partie, soit en rizière inondée, suivant une infinie variété de modalités et grâce à un grand nombre d'espèces, soit indigènes, soit améliorées par les services agricoles (fig. 2).
En culture sèche, la rotation est de un à cinq ans de culture suivie par une période plus longue de jachère.
Guinée forestière : Niehen (village Guerzé).
Bien que les bas-fonds soient susceptibles d'être utilisés en rizières irriguées, la préparation de ces terres à la végétation compacte, semblant trop difficile, les paysans préfèrent la culture de riz sec. Elle les occupe pendant neuf mois ; trois mois de préparation par débroussaillage et brûlis sur la parcelle, travail réalisé par la famille et ses amis et suivi du semis exécuté par les femmes : les grains sont jetés puis recouverts simplement à la binette sur le sol non labouré préalablement ; les semailles se font de la fin d'avril, dès que des pluies suffisantes sont tombées, jusqu'en juin ; elles sont suivies d'un seul sarclage. Puis, après la croissance et la maturation, les femmes toujours, coupent les épis et les hommes lient les gerbes. La même culture se fait deux ou trois ans de suite sans engrais, sauf de nouveaux brûlis. Quand le sol est épuisé on abandonne la rizière. Dans les deux tiers des champs, le riz est associé à d'autres cultures (maïs, manioc ... ) 12.
En Haute Guinée, la culture
sèche sur défrichement de forêts représente 60 % du total. La période de jachère est deux fois plus longue que celle de cultures. Le riz est semé en juillet, récolté en
octobre-novembre.
De telles méthodes de culture, à cause de la longueur des jachères ne permettent que des densités
assez faibles.

Fig. 2. Riziculture inondée, bananes et quinquina en Guinée.
Pour le riz : zones favorables et grands travaux déjà réalisés, on n'a pas indiqué les cultures de, riz non irriguées.
N. B. Le quadrillage correspond aux zones aménagées ; le grisé oblique aux zones favorables.
Mais on trouve aussi, en Guinée, des rizières inondées qui permettent une population beaucoup plus nombreuses. Elles sont plus favorables d'abord par le rendement immédiat beaucoup plus élevé et par la multiplication des récoltes (à Niehen, on a une récolte par an à peu près assurée en culture sèche, on en aurait deux meilleures, certaines, en culture de bas-fonds irrigués). Cette méthode recouvre, différents types : rizières de bord de mer et de plaine inondable en basse Guinée, rizières de bord de rivière en haute Guinée.
La possibilité d'établissement de rizières maritimes est fonction de la position de la nappe d'eau salée et du plan d'eau douce, déterminé lui-même par l'abondance des pluies ou l'importance du bassin versant aux abords des rias et aussi par la possibilité d'écoulement des eaux excédentaires. Il s'agit d'un équilibre fréquemment instable et très délicat à aménager par des travaux hydrauliques artificiels qui risquent de provoquer des désastres (endiguement déterminant la stagnation du plan d'eau douce, chenaux d'évacuation trop efficaces provoquant la remontée de la nappe d'eau salée). En tout cas, par le jeu des marées la rizière est balayée deux fois par jour par le flot et le riz doit être repiqué pour ne pas être entraîné.
A côté de ces rizières, situées directement au bord de la mer ou des grands chenaux d'écoulement, d'autres s'échelonnent dans la plaine maritime vers l'intérieur.
Type Basse Guinée : Kawas (village Baga).
Il s'agit de rizières de basse plaine inondable, séparées par des diguettes aménagées par les cultivateurs de race baga. Les pépinières sont semées en juillet-août puis, au bout de trente à quarante jours, les plants sont arrachés et repiqués dans les rizières préparées : un savant alignement de billons et de sillons étant fait à l'aide d'une grande pelle spéciale. Vers la fin septembre ou le début d'octobre, le riz est en place; il mûrit et on évacue le flot et, fin novembre, début décembre a lieu la moisson. Les femmes font tous les travaux sauf la préparation de la rizière 13.
Les rendements atteignent 20 quintaux de paddy à l'hectare à Kawas. La moyenne de rendement de la basse Guinée irriguée est de 15 quintaux à l'hectare, c'est-à-dire une fois et demie plus que dans les rizières fluviales inondées de haute Guinée (8 à 9 quintaux ; station de recherches de Kankan : 15).
En haute Guinée, on ne repique pas le riz aussi il n'exige que 60 jours de travail pour un hectare contre 72 à 93 en basse Guinée
(Kawas). Les différents travaux se répartissent plus équitablement entre hommes et femmes : le labour est fait par des charrues à bufs dirigées par les enfants et les hommes ; les hommes font encore les semis, la coupe, et le battage tandis qu'aux femmes sont réservés la confection des gerbes, le vannage, et le pilonnage du riz. Dans les rizières inondables, le riz est semé en mai-juin et la récolte s'échelonne de novembre à janvier 14.
Au total, 806.200 hectares de terre étaient cultivés en riz, en 1956, et la production a été estimée à 282.050 tonnes de riz-paddy, c'est-à-dire
environ 190.000 tonnes de riz propre.
Cette production est obtenue pour 59 % en Guinée forestière, 25 % en basse Guinée, 9 % en haute Guinée.
64 % de la production est fournie par le riz de montagne.
La récolte est insuffisante pour la consommation bien qu'elle ait augmenté de 10 % en deux ans et il faut importer environ 10.000 tonnes de riz, par an, venant pour moitié d'Indochine.
Les possibilités d'extension et d'amélioration de la riziculture sont considérables. Au seul titre du troisième plan, on a envisagé d'étendre les amélioration hydrauliques susceptibles de favoriser la création de nouvelles rizières à 35.000 ha dans la zone côtière. D'autre part, 100.000 ha répondent aux conditions de culture du riz dans les six cercles de la haute Guinée où actuellement, 40.000 ha seulement sont consacrés à cette culture. Il faudrait augmenter la production jusqu'à 250.000 tonnes de riz par an; l'accroissement actuel de la consommation annuelle s'élève à 3.000
tonnes.
Les autres cultures vivrières
Elles sont beaucoup moins importantes mais représentent cependant des ressources d'appoint régionales non négligeables.
Parmi elles, le mil est toujours cultivé en association avec le riz, sauf dans la région de Gaoual où le climat ne permet plus la culture du riz de montagne.
La production varie très peu d'une année à l'autre; elle s'élève à un peu plus de 17.000 tonnes qui sont entièrement auto-consommées. La Haute Guinée en fournit 43 %, la Moyenne Guinée, 40 %.
Le fonio a un rôle très particulier et très discuté. Il réussit à fournir une récolte sur des sols complètement épuisés, avec des rendements dérisoires il est vrai; d'autre part, on peut le récolter dès le mois d'août et il favorise les soudures difficiles. On a donc tendance à le cultiver dans les conditions les moins bonnes et. suivant certains agronomes, il contribuerait considérablement à la dégradation et à l'épuisement des sols. Suivant d'autres, au contraire, il serait moins épuisant que le maïs et aurait l'avantage de donner des rendements de 700 kg à l'hectare alors que le riz n'en donnerait, dans les mêmes conditions, que 500 kg (hauts plateaux de Pita et de Labé).
En tout cas, le fonio qui donne une semoule légère et nullement désagréable produit 70.000 de tonnes par an dont 60 % pour la moyenne Guinée.
Le maïs comme le fonio, est surtout produit dans le Fouta-Djalon (70 % de la récolte), mais c'est une culture de « tapade », c'est-à-dire une plaide exigeante à laquelle on réserve la seule petite parcelle de terrain fumé précieusement enclose autour des cases. On ne peut le cultiver sur sol non fumé et, par conséquent, sa culture est limitée ; parfois ou l'associe cependant avec l'arachide, le riz, le manioc, dans les différentes régions guinéennes.
Toujours préoccupé par le problème de la soudure et des réserves alimentaires, le paysan guinéen place encore dans ses tapades ou parmi ses champs, mêlés à d'autres récoltes, un certain nombre de produits qui n'ont que ce rôle limité d'appoint : tels sont le manioc (331.650 tonnes) en 1956), dont un tiers environ en basse Guinée et un autre tiers en Guinée forestière ; les patates douces (121.000 tonnes), réparties à peu près équitablement entre les différentes régions guinéennes ; les taros (30.390 tonnes, mais 84.000 en 1955).
Enfin, la production des légumes réalise quelques progrès mais est encore partiellement inadaptée sauf pour les tomates, les aubergines, les oignons que le Guinéen consomme lui-même et dont la production a suffisamment augmenté pour permettre même, depuis 1952, une petite exportation vers la France. Les cultures de légumes sont, cri général, limitées à la proximité des cases ou des agglomérations.
Un gros effort pour le développement de cette production devait être entrepris, stimulé par les demandes accrues prévues sur le marché local et par les possibilités d'exportation saisonnières vers la France et vers Dakar.
b. La production fruitière
Cette seconde catégorie d'activités agricoles fournit, à la Guinée actuelle, ses deux plus importantes sources de revenus à l'exportation. Elles ont été, pour la plupart, le résultat de l'action incessante des services agricoles français qui continuent de veiller de très près à leur développement et à leur prospérité.
Au premier rang, il faut placer la banane. L'espèce est le bananier de Chine de variété naine qui, introduit au début du siècle, s'est répandu à partir de 1920. En 1938, avec 2.000 hectares ne plantations et une production de 52.000 tonnes, la Guinée se classait au premier rang des producteurs africains français. A ce moment-là, l'essentiel des plantations était tenu par des Européens : le rendement moyen à l'hectare était de 22,6 tonnes.
Au lendemain de la guerre, les efforts des services agricoles, l'amélioration des techniques et le développement des transports, ont transformé la physionomie de la production bananière.
Un grand nombre de petits planteurs africains ont ajouté leurs efforts à ceux des Européens. L'étendue totale des surfaces de plantation est passée à plus de 6.000 ha tandis que triplaient les exportations, entre 1947 et 1957. La moitié de la production à peu près est transportée par la voie ferrée de Mamou, Kindia, Conakry (tronçon du Conakry-Niger qui va jusqu'à Kankan). Les expéditions vers l'extérieur sont faites essentiellement par le port de Conakry, mais aussi par le mouillage de Benty qui est en cours d'aménagement.
Cette culture est, avec celle du café, celle qui offre les problèmes les plus complexes. En effet, étant donné la forte proportion de planteurs non africains et l'étendue de ces plantations, elle emploie de 25 à 30.000 salariés auxquels des droits syndicaux, récemment reconnus confèrent une véritable organisation de type ouvrier. D'autre part, l'expansion des plantations africaines est très rapide et elle influe profondément sur le rendement (qui est tombé à 12 tonnes à l'hectare) et sur la quantité des exportations. Une réglementation a donc été prise, à partir de 1948, pour prévoir et calibrer le volume des exportations afin d'éviter les variations de prix et l'élévation des frets de transport susceptibles de toucher gravement les planteurs (fig. 3).

Fig. 3 Les conditions de la commercialisation des bananes
On remarquera les fluctuations du prix au cours de l'année et d'une année à l'autre ;
sur l'échelle de droite, nombre mensuel des bananiers chargés à Conakry et à Benty.
L'extension des plantations bananières peut être considérable mais elle sera sans doute freinée par la capacité d'absorption du marché français et international. Actuellement, les planteurs ont à lutter contre deux parasites très nocifs : une maladie cryptogamique, la cercosporiose qui s'attaque aux feuilles et des vers parasites du sol qui nuisent aux racines. Un traitement a été mis au point contre ces deux fléaux. Pour le premier, on agit par atomisation de produits fongicides en solution huileuse ; pour le second par traitement préalable du sol (rendement triplé). Mais ces méthodes nécessitent une technique avancée et engagent de gros frais. Le coût d'un traitement efficace est évalué actuellement à 40.000 francs C.F.A. à l'hectare. Avec la dimension et le rendement des plantations indigènes, c'est dire qu'il est pratiquement inappliquable (pour un rendement de 5 tonnes à l'hectare, la charge est de 8 à 10 francs au kilogramme; pour un rendement de 80 tonnes, elle s'abaisse de 1 à 1,66 francs).
D'autres problèmes ont également trait à l'emballage et au transport. Actuellement, on s'oriente vers la production de bananes d'un type particulier pouvant être transportées en vrac ce qui économie de la place et des frais. Mais le coût de la manutention, des transbordements (camions ou chemin de fer, bateau, redistribution en France ... ), du transport lui-même est encore très élevé et, étant donne les fluctuations du prix de la banane, au cours de l'année, c'est une culture qui demande à être surveillée de très près par des organismes collectifs responsables.
Une bonne solution serait évidemment ces formes de coopératives qui existent déjà sur le plan commercial et qui, sur le plan technique, pourraient permettre aux petits planteurs africains de concentrer les frais aussi bien pour les soins que pour la commercialisation de leur production.
Les plantations d'ananas se développent également dans la même région que celles de bananes et, assez souvent, les planteurs passent de l'une à l'autre. Mais, plus encore que pour la banane, les conditions techniques sont extrêmement délicates et, jusqu'à maintenant, seules les plantations européennes parviennent à fournir des fruits présentant des qualités suffisantes pour prendre pied sur les marchés d'exportation.
C'est à partir de 1946 que cette culture a commencé à s'étendre et, depuis 1949, les exportations se sont régulièrement élevées en même temps qu'une usine pour la fabrication des boîtes de tranches et de jus d'ananas était créée à Conakry sous l'étiquette de « Coproa ».
Pour la production d'ananas, ou trouve trois types de plantations ; les plantations africaines qui couvrent 700 ha et ne fournissent que 500 tonnes de fruits; les plantations européennes de type normal : 350 ha mais 3.000 tonnes de fruits; et, enfin, la plantation modèle de la Société agricole de Bokaria qui doit être étendue à plusieurs centaines d'hectares et fournit l'essentiel à, la consommation de l'usine de la Coproa.
Le rôle de l'I.F,A.C, dans ce domaine également, est de premier plan. Cet organisme semi-officiel qui a commencé ses travaux en 1947, possède, à Foulaya, près de Kindia, des terrains constitués par d'anciennes plantations et s'étendant sur 800 hectares sur lesquels sont étudiés 300 types de plantes. Les travaux faits sur l'ananas sont remarquables 15.
Le cycle adopté pour la plante est de quatre ans; la première année un plante des rejets avant tous exactement le même poids; la seconde année, la plante croit, et, par l'analyse d'une certaine feuille appelée D, on petit connaître d'avance les qualités et les caractères du fruit ; l'analyse systématique des feuilles est pratiquée au laboratoire pour déterminer les carences dont souffrent la plante et agir en conséquence. La troisième année se forme le fruit et on oriente la production de telle manière que la maturation ait lieu échelonnée mais au cours de la même saison de novembre à mars, moment où les conditions de commercialisation sont les meilleures. Au cours de la quatrième année, la plante reste sur place pendant que se développe le rejet. Puis celui-ci est arraché, mis en attente qui peut durer jusqu'à trois mois et planté ensuite dans un nouveau champ, selon les courbes de niveau. La plantation se fait en doubles rangées, très rapprochées, mais placées en quiconce ; entre les rangées un espace est ménagé pour le désherbage à l'acide et l'utilisation de tracteurs. La cinquième année, la racine coupée dam le sol, reste à pourrir ; c'est une année de jachère et, la sixième année, on replante des ananas sur le même sol. D'autre part, la lutte contre la cochenille, fléau de l'ananas, est menée systématiquement par des pulvérisations, sauf la dernière semaine avant la cueillette du fruit. Enfin, l'engrais est fourni à la plante, strictement mesuré à la petite cuiller. Toutes ces techniques sont enseignées et démontrées aux planteurs voisins mais on comprend qu'elles nécessitent à la fois maîtrise et méthode pour être menées à bien.
On ne peut donc prévoir dans l'état actuel un grand développement de la production autochtone d'ananas.
Au contraire, les agrumes sont essentiellement des produits de la culture guinéenne. Ils ont été introduits, depuis très longtemps, dans le Fouta-Djalon et ils ont gagné même une partie de la basse Guinée.
Le verger d'orangers familial accompagne presque naturellement les cases des villages du Fouta-Djalon central et l'on estime à plus de 800.000 le nombre de plants qui appartiennent à ce type. D'autre part, les plantations industrielles couvrent 1.100 ha. La production de fruits frais se heurte à la concurrence des pays méditerranéens beaucoup mieux placés et la seule spéculation concerne la production d'essence d'orange, ressource artisanale du Fouta-Djalon. Avant la guerre, cette production atteignait 298 tonnes, représentant environ le travail effectué sur 45 à 50.000 tonnes d'oranges, mais la concurrence industrielle de pays comme l'Italie ou les États-Unis joue dangereusement et, actuellement, la production est tombée au niveau moyen de 150 tonnes.
Dans ce domaine également, l'I.F.A.C. fait un effort et a mis au point des appareils simples pour l'extraction de l'essence. D'autre part, on pourrait créer des usines pour la fabrication de confitures, de jus... afin de valoriser cette production semi-spontanée de la montagne guinéenne.

Fig. 4. Agrumes, arachides et café en Guinée française.
C'est dans la gamme des productions fruitières que l'on range la culture d'un arbuste qui se multiplie à une vitesse vertigineuse : le caféier (fig. 5). Moyenne Guinée et Guinée forestière sont également propices à la culture de cet arbuste. Introduit, dès avant la première guerre mondiale par le professeur Chevalier à Dalaba, la culture fut vulgarisée entre 1920 et 1930. Mais, en 1939, un dixième seulement des plants distribués étaient en rapport et la production, en moyenne Guinée, ne dépassait guère une vingtaine de tonnes. Actuellement, elle a à peu près complètement disparu (causes climatiques, pédologiques; conditions humaines : les éleveurs de la montagne n'étant pas très qualifiés pour s'occuper de plantations de café ; mauvaises conditions de spéculation commerciale). Cependant la crise de l'essence d'orange pourrait inviter un certain nombre de Foulas à faire un effort en faveur du café dont les cours, soigneusement protégés, se révèlent avantageux pour les Guinéens. Un secteur d'amélioration du FIDES a donc entrepris de créer, à nouveau, des pépinières dans cette région.
En Guinée forestière, les conditions aussi bien climatiques que pédologiques sont beaucoup plus favorables. La culture s'est répandue dès avant 1930 (quelques centaine de kg) ; de 1930 à 1940, la culture s'est développée à un rythme intéressant, fournissant 11 tonnes de café, en 1932, et 956, en 1940. La guerre devait amener l'abandon plus ou moins complet des plantations qui recommencèrent à être étendues à partir de 1944. Par l'introduction d'espèces soigneusement sélectionnées, la production du café est devenue un grand succès tant technique que financier : 1946, 520 tonnes ; 1950, 2.740 tonnes. C'est à ce moment, en 1951, qu'interviennent deux actions décisives : l'introduction de semences de café Robusta INEAC (originaire du Congo belge) et création, en 1950, du Fond de soutien du café. En 1953, on compte une production commercialisée de 5.000 tonnes; en 1955, 38 pépinières en activité et production de 10.200 tonnes ; en 1956, année record, avec une production de près de 12.000 tonnes ; 1957 a marqué une légère régression au niveau de 10.000 tonnes 16.
Grâce à un effort soutenu des services agricoles et au financement du FIDES et du fond de soutien du café, la qualité est étroitement contrôlée et 95% du café guinéen se classe dans la qualité supérieure (à la différence de ce qui se passe pour la Côte d'Ivoire dont les quatre ein quièmes de la production appartiennent simplement à la qualité courante).
La production du café, de caractère strictement familial, pourrait être encore augmenté et les exportations, environ doublées. Cette culture représente donc, pour le paysan guinéen une excellente source de revenu, à condition que les variations de cours soient limités (cf. fig. 5).

Fig. 5. La commercialisation du café.
A gauche : Exportations en tonnes; à droite : Equivalence du nombre de kilos de sucre que l'on port acheter avec le prix de vente de 100 kg de café.
Les petits graphiques noirs indiquent le prix moyen du café robusta payé aux producteurs pour les campagnes 1950-51, 1954-55, 1955-56.
Parmi les arbres fruitiers qui poussent spontanément en Guinée et pour lesquels des efforts de plantation ou d'amélioration systématiques (greffes) sont tentés, ou peut citer
c. Autres productions agricoles.
D'autres productions agricoles encore enrichissent la gamme des ressources guinéennes.
Le climat, aussi bien en basse Guinée qu'en Guinée forestière, se prête au développement du palmier à huile (Eloeis guineensis). Le fruit de cet arbre qui pousse spontanément donne lieu à une activité de cueillette. L'enveloppe extérieure du fruit est utilisée localement pour produire l'huile de palme de couleur rouge-orange que l'on retrouve dans toutes les sauces accompagnant le riz quotidien ; à l'intérieur de cette enveloppe, un noyau dur protège une amande (palmiste) qui contient elle-même une forte proportion de matière grasse, mais n'est pas exploitée sur le plan local ; elle donne lieu à une exportation : 10 à 15.000 tonnes quittent ainsi, chaque année, la Guinée forestière, surtout par l'axe routier N'Zérékoré-Monrovia et la même quantité est expédiée de basse Guinée
surtout par le port de Conakry.
Cette activité a été extrêmement prospère vers les années 1950, à un moment où la pénurie de matière grasse était encore sensible dans le monde. Ensuite, devant la baisse des cours, les difficultés de grimper à des arbres fins et élancés pour prati uer la cueillette, la raréfaction des palmiers dans tous les lieux ou sont pratiqués les feux de brousse... l'exportation a diminué de près de 30 %. Le marché de l'Union française absorberait cependant une quantité plus considérable de cette production. Aussi, s'oriente-t-on vers la plantation systématique de palmiers à huile : palmeraies de type industriel afin d'alimenter des usines coopératives et, d'autre part, palmeraies de village pour servir d'appoint à la
consommation locale.
Autres palmiers, le cocotier dont l'élancement couronné de palmes est caractéristique des régions sub-littorales de la Guinée maritime. On compte environ 1.365.000 arbres, multipliés grâce aux efforts du service de l'Agriculture, et produisant 14.000 tonnes de noix fraîches. Mais, prospérant dans un milieu où beaucoup d'autres ressources se disputent déjà l'attention des cultivateurs, le cocotier n'a pas connu jusqu'à maintenant un grand développement.
Dans l'intérieur, sur le versant septentrional du Fouta-Djalon, l'arachide fait son apparition sous forme spéculative. Alors que, partout ailleurs on la trouve dans les assolements locaux où elle succède parfois au riz, dans le cercle de Gaoual elle est pratiquée comme culture d'exportation. On ne trouve qu'un peu plus de 6.000 ha consacrés à cette production commercialisée ; ils fournissent 4.000 tonnes d'arachides, alors que plus de 50.000 ha seraient utilisés
par les arachides d'auto-consommation (production 25.000 tonnes).
Citons encore comme autre produit ; le sésame dont la culture est généralement associée à celle du riz de montagne et qui entre dans la composition des sauces accompagnant le riz, le ricin qui connaît un accroissement favorisé par l'utilisation du nouveau textile : le rilsan (exportation 1956 : deux fois plus élevée
que celle de 1955).
Les efforts des services agricoles sont incessants et essayent d'introduire toujours
de nouvelles cultures susceptibles de développer l'éventail des ressources guinéennes et d'augmenter le pouvoir d'achat des paysans. Le tabac cultivé pour la consommation locale ne se propage pas car les prix offerts à l'achat n'incitent pas les cultivateurs à faire
un effort.
Pour les cacaoyers, on a distribué 100.000 plants en 1953 mais la population n'est pas familiarisée avec la préparation des fèves (fermentation et séchage) et le résultat n'a pas été concluant.
La station de Sérédou fait de nombreuses études pour l'acclimation des plantes convenant aux milieux de la Guinée forestière. Soir grand succès est une plantation de 150 hectares de quinquina dont les écorces sont utilisées
par une usine pouvant fabriquer 12 tonnes de sel de quinine par an.
Si l'activité agricole est considérable par rapport à l'économie générale, en Guinée, elle ne constitue quand même, selon notre optique d'Européen, qu'une très
faible source de revenus.
Le tableau des bénéfices agricoles et des revenus fonciers montre que l'on compte moins de 200 personnes ou collectivités imposables à ce titre. Le revenu moyen par famille a été estimé à 30.000 francs C.F.A. par an mais il est bien inférieur
dans le Fouta-Djalon, par
exemple, où le revenu familial dans les Timbis ne serait que de 8.000 francs
!
Est-ce à dire que l'autoconsommation qui n'est pas financièrement chiffrable est considérable ? Là aussi on a tenté des estimations et elles montrent une inégalité sensible entre les divers milieux naturels, inégalités que reflètent, du reste, la taille et l'état
physique des individus.
|
|
|||
|
Région |
|
|
racines et de tubercules (kg) |
| Basse-Guinée | 106.033 | 0,62 | 0,94 |
| Moyenne-Guinée | 912.447 | 0,28 | 0,10 |
| Haute-Guinée | 458.499 | 0,41 | 0,86 |
| Guinée Forestière | 628.544 | 0,68 | 0,32 |
Le niveau alimentaire est donc très bas et l'alimentation de base du Guinéen est formée par le riz, ou le fonio et le maïs dans la montagne, arrosés d'une sauce extrêmement pimentée et accompagnée, aux meilleurs jours, de quelques débris de poulet.
Pour essayer de remédier à cette situation alimentaire, les efforts faits dans le domaine agricole local n'ont pas été suffisants d'autant plus que s'accroissaient les besoins et les achats de denrées marquent un accroissement constant (entre 1950 et 1956, les importations de produits laitiers ont triplé ainsi que celles de farine et de sucre, celles de riz ont été multipliées par 7)
Inversement, on constate un vif mouvement de progression des exportations de produits agricoles spéculatifs. La proportion des exportations de ces produits dépasse les deux tiers de la valeur totale.
Elles ont considérablement augmenté au cours de la récente période : les exportations de bananes sont passées de 53.000 tonnes en 1988 à 98.000 (record) en 1955 et à 73.120 en 1957 ; pour le café vert, les chiffres sont de 280 tonnes en 1938 et 9.660 en 1957; pour l'ananas frais 70 tonnes et 2.235 tonnes pour les conserves et jus de fruit, rien du tout et 1.250 tonnes. Inversement on assiste à une régression, comme nous l'avons déjà mentionné, pour les palmistes, l'essence d'orange, à une stagnation pour le tabac. Cette progression est, du reste, languissante depuis les trois dernières années.
Le plus important produit d'exportation de la Guinée, en valeur, est le café (valeur F.O.B. 1.500.000.000 de francs C.F.A.), plus du quart de la valeur totale des exportations à lui seul) ; ensuite, viennent les bananes (1.300.000.000 de francs C.F.A., 21 %); ensuite viennent les palmistes (10.5 %)
Ces exportations agricoles se font essentiellement à destination de la France et de la zone franc. Pour le café, la France achète 85 % et la zone franc 92,4 % des exportations; pour les bananes, la zone franc achète 92 % des ventes à l'étranger.
Outre les difficultés techniques et financières, déjà signalées, l'augmentation des exportations se heurte, aux difficultés de transport. Il existe un problème des transports intérieurs : le chemin de fer Kankan-Conakry, non rénové depuis sa construction entre 1910 et 1914 est presque hors d'usage et il est question de le supprimer ; les tarifs routiers sont extrêmement élevés. D'autre part, le seul port bien équipé jusqu'à maintenant est celui de Conakry (en plein essor : embarquement de marchandises 40.000 tonnes en 1947 et 1.401.000 tonnes en 1956 ; débarquement de marchandises 88.000 et 191.000 tonnes). Mais l'extrême dispersion des territoires du pays et la disposition de la côte et des reliefs intérieurs font qu'il y a éclatement dans les circuits commerciaux : le nord du Fouta-Djalon et les arachides de Youkounkoun en particulier, sont évacuées vers le Sénégal ; le commerce de la haute Guinée se fait surtout par Bamako et le Dakar-Niger (tarifs plus avantageux), quand à la production de la Guinée forestière elle est par suite de la construction d'une bonne route vers le Libéria, acheminée en grande partie par le port de Monrovia.
Le problème des transports extérieurs existe également : les frets maritimes sont relativement élevés par rapport aux prix de denrées alimentaires pondéreuses, encombrantes et de valeur relative assez variable (cf. les cours de la banane, les frais de production sont environ le tiers des frais de transport pour la métropole, pour la même quantité de marchandise).
A ces divers problèmes, va s'ajouter l'inconnu de l'avenir des relations commerciales guinéennes. Jusqu'à maintenant, la production agricole de ce pays, notamment la production agricole, commercialisable, était strictement dirigée et surveillée par les services français et des conditions de vente spéciales existaient vers la métropole. On ne peut encore savoir quelles conséquences l'indépendance aura sur ces activités.
Notes
1. Travaux de la mission démographique de Guinée : enquête par sondage publiés par le Service des statistiques de la F.O.M. Paris, 1956-1957.
2. Cette description est fondée sur les nombreux rapports
des services français en Guinée, tant ceux de l'agriculture que de
la Mission d'Aménagement R égionale Guinéenne (M.A.R.G.)
D'aune part, une mission de l'université de Dakar m'a permis de visiter de vastes étendues de la Basse-Guinée, du Fouta-Djalon et de la Haute-Guinée et de mener une enquête locale (avril-mai 1958).
3. Cf. J. Beaujeu-Garnier : Essai de géographie électorale guinéenne, « Cahiers d'Outre-Mer ». no. 4, 1958, p. 309-333.
4. Etude de M. Fauck, pédologue de la mission de l'ORSTOM.
5. A.O.F. 1957. Tableau économique, p. 185-186.
6. Enquête auprès des services agricoles de Labé : renseignements de M. Alot pour le secteur des Timbis.
7. Cf. tests psycho-physiologiques systématiques pratiqués par les services de prospection de la main-d'uvre de Fria.
8. Parmi les organismes les plus actifs on peut citer la direction de l'hydraulique de Dakar (recherches en vue d'effectuer des travaux pour une meilleure adaptation des quantités d'eau aux besoins agricoles), les services de l'agriculture de Conakry disposant de 20 ingénieurs et d'un personnel auxiliaire, l'Institut des fruits et agrumes coloniaux I.F.A.C. à Foulaya près de Kindia, l'institut du quinquina à Sérédou, les stations de Recherche de Kankan et du Koba pour les rizières de haute et de basse Guinée...
9. Étude agricole et économique de quatre villages de Guinée française. Mission
démographique de Guinée 1954-1955.
10. Aux articles classiques de G. Vieillard « Notes sur les Peuls du Fouta-Djalon ». Bull. I.F.A.N. 1940, t. II, nos. 1 et 2, p. 85 sqq, 210 sqq et J. Richard-Molard : « Essai sur la vie rurale au Fouta-Djalon ». Rev. Géog Alpine, 1944, on ajoutera un très récent et suggestif rapport de H. Frechou : « Le Régime foncier dans les Timbis », Kindia, mission de l'ORSTOM, 1958.
11. Note sur les principales ressources agricoles de la Guinée française. Conakry, 1957.
12. Étude agricole et économique (op. cit.).
13. Étude agricole et économique (op. cit.).
14. Enquête à la station de recherches agronomiques de Kankan : renseignements de M. Salles.
15. Enquête à l'I.F.A.C. : Renseignements donnés par M. Champion.
16. La conjoncture au début de 1958. Rapport de la M.A.R.G.,
Conakry, 1958.
[ Home | Etat | Pays | Société | Bibliothèque | IGRD | Recherche
GuinéeList | GuinéeMail |
GuinéeJournal | Radio webGuinée | BlogGuinée ]
Contact : info@webguinee.net
webGuinée, membre webAfriqa © 1997-2009 Afriq Access, Inc.