C'est la conclusion du rapport de la commission chargée de faire la lumière sur les détournements qui a ravivé les tensions au sein de lAssemblée Nationale elle-même. Nos dépités de la majorité nont rien voulu savoir. Ils se sont opposé à sa lecture pour soutenir dans un vote mécanique, comme d'habitude le gouvernement jusquau bout. Eh oui, nos législateurs ne légifèrent sur les vols que quand ils sont bien localisés. Le rapport peut aller se faire voir ailleurs. Peut-être sur Internet. Dans l'hémicycle rectangulaire, la tension monte, vraiment. Ma parole !
Monsieur le président, mes chers collègues,
Après six mois de travaux effectués tant à Conakry et à l'intérieur
de notre pays qu'à l'étranger, après avoir réuni, recoupé, et
analysé de nombreuses informations, nous sommes parvenus à une
douloureuse conclusion. A savoir que des cadres guinéens et non
guinéens, se sentant protégés par les relations intimes et très
suivies, disons des relations de copinage qu'ils entretiennent
avec de hautes personnalités du pays, se croyaient de ce fait
même parfaitement intouchables. Aussi se sont-ils livrés, des
années durant, à des actes frauduleux aux dépens du patrimoine
national, tant à travers certaines entreprises d'Etat, qu'à la
tête des administrations.
Malheureusement pour nous, les malversations ainsi découvertes
à Friguia ont confirmé le jugement de nos partenaires étrangers
au sein de cette société, qu'il n'est pas possible pour une entreprise
installée en Guinée de travailler sans avoir la garantie d'une
maîtrise complète de la gestion. Maîtrise qui précisément, fut
refusée à Frialco, d'où la rupture d'octobre 1998.
Heureusement que le Ministère des Mines et de la Géologie semble
avoir tiré les leçons de cette triste affaire qui, si elle avait
perduré, aurait abouti à une grave perte de confiance de tous
les grands groupes mondiaux de l'aluminium envers la Guinée. Le
contrat de location gérance liant Friguia à la compagnie Américaine
REYNOLDS, et signé le 2 septembre 1999 à Paris, montre que le
Ministère est désormais disposé à faire preuve d'un grand réalisme
pour arriver à sauver le fleuron de l'industrie guinéenne dont,
autrement, la disparition aurait eu des conséquences incalculables,
tant sur le plan psychologique et social que politique. Certes,
le contrat signé avec REYNOLDS n'a pas été à l'heure qu'il est,
entièrement finalisé.
Il ne prendra effet que lorsque l'investisseur remettra au Gouvernement,
et ce au plus tard le 31 décembre 1999, une convention de financement
pour la rénovation des installations de Friguia. Convention qui
sera bien entendu, soumise à la ratification de notre auguste
Assemblée et qui précisera toutes les autres conditions techniques
et surtout sociales posées par REYNOLDS. Mais nous pouvons d'ores
et déjà imaginer que ces conditions ne seront pas si différentes
de celles posées par nos anciens partenaires. Car les groupes
auxquels la Guinée a affaire en matière de bauxite, d'alumine
et d'aluminium, sont pratiquement sinon les mêmes, du moins très
liés, se connaissent parfaitement et s'informent mutuellement
et régulièrement sur tout. Au demeurant, avec les récentes fusions
qui s'opèrent sous nos yeux entre ALCOA et REYNOLDS d'une part,
ALCAN, PECHINEY et ALUSUISSE, d'autre part, il n'y a pratiquement
plus que deux (2) grands groupes mondiaux de l'aluminium qui vont
se partager le marché. La Guinée devra alors nécessairement compter
avec l'un ou l'autre, sinon avec les deux: à la fois.
La réalité, c'est que depuis la fin du conflit EST-OUEST, en
1989, le continent africain a cessé de constituer un enjeu politique
et surtout idéologique sur la scène internationale. Mais, la guerre
froide a été remplacée par une lutte d'une autre nature tout
aussi redoutable. Il s'agit d'une compétition mondiale de tous
les pays entre eux, pour attirer des investissements, et créer
des emplois, donc une compétition à caractère économique et financier.
Dans un tel contexte de globalisation, les investisseurs aussi
bien industriels que financiers, choisissent froidement, d'abord
les pays qui disposent des meilleures conditions cadres sur le
plan politique, juridique et économique et ceux offrant les meilleures
perspectives de développement. Si l'analyse des conditions cadres
énoncées ci-dessus révèle des faiblesses et des lacunes significatives
dans un pays, aucune entreprise ne prendra le risque d'y investir
des capitaux, car ce faisant, elle mettrait sa propre existence
en péril.
(
)
Pour sa part, la Guinée se doit de faire des progrès substantiels
pour rejoindre le peloton de tête des pays africains et conquérir
la place que son potentiel l'autorise sinon à occuper, du moins
à espérer conquérir un jour. L'on sait que des investissements
industriels en Afrique, et notamment en Guinée, sont plus coûteux
à cause de la faiblesse du tissu industriel. C'est ainsi qu'il
est généralement admis par les experts qu'un investissement dans
le secteur de l'aluminium qui coûterait en Australie 100, en Inde 80, et en Guinée 150.
Pour surmonter ce handicap, la Guinée devrait, si elle veut progresser, mobiliser tous les atouts dont elle peut se doter pour dynamiser ses conditions cadres. A cet égard, les textes législatifs sont un pas important, mais ils demeureront sans effet si leur application pratique est entravée par des interférences de quelque nature
que ce soit.
Quoi qu'il en soit la volonté politique, qui est maintenant perceptible en Guinée, d'attirer les investisseurs étrangers, doit se traduire par une approche réaliste des problèmes que pose l'impératif du développement. Le but étant d'améliorer la perception de la Guinée par les investisseurs tant nationaux qu'étrangers, afin qu'ils soient convaincus de pouvoir maîtriser intégralement la gestion de leurs investissements dans le strict respect des lois de notre pays.
Cette évolution notable des esprits apparaît du reste clairement
dans une récente déclaration de notre Ministre des Mines M. Facinet Fofana qui dit:
L'Etat (Guinéen), il y a une dizaine ou une quinzaine d'années, tirait au moins 200 millions de dollars de CBG. Cette année, on a moins de 100 millions de dollars. Pendant ce temps, je le dis souvent, un petit pays comme la Jamaïque, qui a moins de bauxite que la Région de Gaoual, a quatre usines d'alumine, et le Gouvernement en tire plus de 800 millions de dollars par an. Qu'est-ce-que ces gens-là savent faire que nous on ne sait pas faire? C'est ce qu'on essaie de corriger. Il n'y a pas de secret en matière d'investissement. L'argent des capitalistes est fluide. Ils ne peuvent s'accommoder à l'état d'âme de tel ou de tel gouvernement. Ils s'investissent là où ils se sentent en sécurité, là où ils se sentent rentabilisés (voir l'interview de M. Facinet Fofana dans le journal Le Citoyen N° 079 en date du 20 octobre 1999).Monsieur le Président, mes chers collègues,
Conakry, le 11 novembre 1999
La commission