On finira peut-être par être définitivement fixé un jour. Les coupures de courant actuelles que nous impose la Sogel ne sont autre quun triste symbole. Ou plus exactement un symbole de tristesse.
Nous nous étions pris à rêver. Et lOH-RTG à analyser. A classer. Et vous savez que quand celle-là nous classe, nous sommes obligatoirement les meilleurs de la sous-région. Si la Sogel nous avait laissé faire, nous serions déjà devenus les as du courant électrique. Plus dun auditeur avait entendu sur Radio-Conkary que Conakry est lune des villes les plus éclairées de la sous-région. Quelques mois de courant ininterrompu, nous voilà au sommet de la gloire et du développement.
Hélas! Aujourdhui, nous sommes revenus à la case départ. A lobscurité
habituelle. La Sogel a coupé la poire en deux. La foire est terminée.
La gloire, réévaluée. Faute de touristes, les naïfs que nous pouvons
encore tromper, seraient les passagers des lignes aériennes qui
survolent Conakry sans atterrir. Les rues sont impeccables la
nuit. Certainement pour quelques jours encore.
Apparemment, la Sogel cherche à breveter sa méthode. Celle qui
était en vigueur peu avant la campagne pour la présidentielle
du 14 décembre dernier. Le courant électrique était la chose la
plus inégalement partagée du pays, que dis-je, de la capitale.
Puis, brusquement, nous nous sommes retrouvés dans légalité de
la répartition. Il paraît que nous vivions au dessus de nos moyens.
Il faut continuer avec lobscurité. Les quartiers damnés sont
déjà choisis. Cest toute la banlieue qui va manquer de courant.
Toute la journée. Les quartiers bénis sont connus. Dixinn et Kaloum.
Si vous voulez le courant électrique, aménagez-y !
Si vous voulez monter une petite usine, il faut y aller. Si vous voulez faire marcher un ordinateur, il faut vous y rendre. Branchez-le où vous pouvez. Nous avons eu nos librairies par terre, nos pharmacies par terre, nos restaurants par terre Bientôt, nous aurons nos prises par terre, avec piquet de terre et tout. Ainsi, les banlieusards pourront mener sur les trottoirs de Dixinn et de Kaloum toutes les activités économiques et les débrouilles quotidiennes vers lesquelles le chômage et la misère les ont galamment poussés.
Si vous êtes habitués à parcourir le pays, vous serez réconfortés dans lidée que vous vous faisiez du travail, de la justice et de légalité de droit en Guinée. Allez dans nimporte quelle préfecture du pays, vous vous rendrez compte que le travail nest pas une priorité. Si vous voulez travailler, allez à Conakry. A présent, la Sogel vous a facilité grandement la tâche. Ce nest pas toute cette vaste ville de Conakry que vous parcourerez. Le champs des courses est rétrécie, réduit comme une peau de chagrin. Le travail, si volumineux soit-il au plan national, se fera à Kaloum et à Dixinn. Cest là quil faut aller le chercher. Cest là quil faut aller dénicher le boulot et le confort Cest là quil y a le courant. Déjà, Conakry se plaignait davoir à se taper tout le boulot de la nation. Quon nentende plus aucune plainte, si lon nest pas de Kaloum et de Dixinn ! La banlieue et ses P.M.E. naissantes? Au diable! On ne peut quand même pas faire tourner une machine à la bougie. Ainsi en a décidé la Sogel, en coupant les vivres aux ménages et aux industrieux que nous commencions à devenir dans cette banlieue de Conakry, dans cette antichambre de la chaleur et de la misère.
Mais, dites-moi! Saviez-vous que le droit du Guinéen au bonheur
était si aléatoire? Saviez-vous que les principes dégalité étaient
si ténus chez nous? Comment une société qui monopolise la distribution
du courant électrique peut-elle décider du sort de tout un peuple?
Puisquelle a, en main le sort des populations, et les poumons
de léconomie, la Sogel devrait aussi avoir des comptes à rendre.
On ne saurait être en situation de monopole et se résoudre à marcher
à rebours. La Sogel doit rendre compte.
Quels que soient, par ailleurs, ses comptes dexploitation. On
ne devrait pas impunément couper toute une partie de notre droit
à la vie.
Diallo Souleymane